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Place à l'égalité
entre les femmes et les hommes

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Allocutions | vendredi 20 janvier 2012

Allocution – États généraux sur la situation des femmes immigrées et racisées

Notes pour une allocution de Mme Julie Miville-Dechêne présidente du Conseil du statut de la femme, États généraux sur la situation des femmes immigrées et racisées.

La semaine des arts, des lettres et des sciences humaines, Cégep Édouart-Montpetit

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes


Le vendredi 20 janvier 2012, Québec

Bonsoir,

Je remercie madame Yasmina Chouakri de m’avoir invitée à prendre la parole ce soir.

Je suis en poste depuis cinq mois au Conseil du statut de la femme, j’estime que la question de l’immigration, et plus précisément de notre point de vue, des femmes issues de l’immigration, est l’un des principaux enjeux pour mon organisme. Je n’ai pas la prétention de connaître vos réalités, j’essaie de les comprendre à travers les rencontres que j’ai. Dans le cadre de ma récente tournée des régions du Québec, nous avons rencontré quelques immigrantes à Montréal et la discussion a été passionnante.

Ces échanges m’ont permis de constater que ces femmes ont une vision souvent différente du féminisme. Elles vont, à mon avis, influencer le mouvement des femmes au Québec.

Une plus grande connaissance de leurs réalités – aussi diversifiées les unes des autres – devrait entraîner une meilleure reconnaissance de leur apport présent et futur au développement du Québec. Je salue donc l’initiative de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes : la réalisation d’une enquête auprès d’immigrantes de sept villes. Madame Chouakri m’en a parlé. J’ai hâte de la lire.

L’intégration peut être facilitée par plusieurs facteurs : l’apprentissage de la langue et l’obtention d’un travail qui correspond à ses compétences est crucial.

Le Conseil du statut de la femme est très préoccupé par les difficultés vécues par les femmes issues de l’immigration, surtout dans les premières années après leur arrivée, car selon la recherche, au bout de 10 à 15 ans, les femmes immigrantes rattrapent les femmes natives. Mais c’est une longue période de transition, difficile à vivre.

L’enjeu est important, car au Québec :


  • plus d’une femme sur dix est née à l’étranger;
  • plus de la moitié des immigrés sont des femmes;
  • 70 % de ces néo-Québécoises ont fait de Montréal leur ville d’adoption, 45 % des Montréalaises ont été immigrantes;
  • elles proviennent des quatre coins du monde, principalement du Maroc, de l’Algérie, de la France, de Haïti, de la Chine et de la Colombie;
  • les femmes immigrées participent le moins au marché du travail puisque leur taux d’activité est plus bas que celui des hommes immigrés et des femmes nées ici;
  • elles avaient un taux de chômage de 13,2 % en 2009 alors que celui de la population québécoise était de 8,5 %.

Vous parler, c’est aborder cette réalité aux multiples dimensions. Chacune avec un visage, un bagage et une histoire particulière.

Toutes les histoires sont aussi différentes, touchantes et enrichissantes :

  • les origines;
  • les circonstances d’immigration;
  • les parcours antérieurs.

Femmes aux multiples origines et vécus, vous possédez des forces qui méritent d’être reconnues :

  • plus de 60 % d’entre vous ont complété une formation collégiale et universitaire alors que c’est le cas de 35 % des femmes nées ici;
  • jeunes et mères de plusieurs enfants, une relève pour le Québec;
  • les femmes nées à l’étranger sont plus nombreuses à avoir trois enfants et plus, soit 21 % comparativement à 17 % pour celles nées au Québec;
  • la proportion de familles nombreuses y est 1,5 fois plus élevée (19 %) que dans les familles natives (13 %)1 .

Triple discrimination


Les femmes immigrées peuvent être victimes d’une triple discrimination :

  1. parce qu’elles sont des femmes;
  2. immigrées;
  3. souvent issues des minorités visibles.

Les immigrantes font face à de nombreux obstacles


Première réalité avant même qu’elles arrivent au Québec : selon le Conseil du statut de la femme, la grille de sélection utilisée par le Québec pour choisir ces immigrants économiques ne tient pas suffisamment compte des conjointes du requérant principal, qui sont principalement des femmes. Seulement 13 % des points sont consacrés exclusivement à évaluer la conjointe.

À titre d’exemple : un homme, requérant principal, possède une formation technique en soins infirmiers. Sachant le besoin criant en ce domaine, l’immigrant obtient 12 points alors que son épouse, ayant la même formation, obtient une faible évaluation de 3 points. Vaut-elle 4 fois moins?

Au Québec, nous vivons dans une société où le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes est une des valeurs fondamentales. Cette égalité est inscrite dans la Charte des droits et libertés de la personne et est enseignée à nos enfants.

Veut-on, comme société, que la conjointe ait les mêmes chances de s’intégrer à la société québécoise que son mari? Ou accepte-t-on qu’elle soit isolée, dépendante de son entourage?

Nous avons proposé au ministère de l’Immigration de l’aider à raffiner sa grille de sélection. L’offre a été acceptée. La collaboration devrait commencer sous peu.

Nous croyons que la promotion des valeurs québécoises d’égalité devrait être renforcée auprès des immigrants avant même leur arrivée au Québec.

Deuxième enjeu


L’avenir du Québec passe nécessairement par une meilleure intégration des femmes immigrantes au marché du travail.

Mais il y a plusieurs embûches :

  • La méconnaissance de la langue française pour une majorité de femmes issues de l’immigration : 68 % sont allophones et 45 % ne connaissent pas le français2.

Ces femmes vivent pour la plupart de l’isolement, amplifié notamment par :

  • les barrières de langue et de culture;
  • la méconnaissance de leurs droits comme nouvelles citoyennes québécoises (Charte des droits et libertés, Loi sur la sécurité du revenu, Loi sur les normes du travail, etc.);
  • les préjugés.

Les défis sont nombreux :

  • chocs culturels;
  • freins à l’autonomie financière : en plus des difficultés reliées à l’emploi, elles ne peuvent être admises à l’aide sociale avant trois ans,
    • aussi, le système actuel de parrainage par le conjoint a comme conséquence une grande dépendance pour la parrainée. Cette vulnérabilité ouvre parfois la porte à la manipulation et au contrôle;
  • se consacrent à temps plein à leurs enfants et à la famille, parfois par choix, mais pas toujours, ce qui retarde leur intégration en emploi.

Dépendance et violence conjugale


Dans un état de dépendance, ces femmes immigrantes, tout comme les natives du Québec, sont parfois victimes de violence conjugale.

Selon la Maison pour femmes immigrantes, ces femmes, plus particulièrement celles parrainées par leur conjoint et en attente de parrainage, sont très vulnérables à la violence conjugale. Elles croient souvent et faussement, qu’elles pourraient être renvoyées du Canada si elles dénonçaient une situation de violence. Dans ce contexte, elles ne sont souvent pas prêtes à porter plainte.

Préoccupé par la violence faite aux femmes, le Conseil se penche actuellement sur le phénomène des crimes d’honneur. Il rendra public, en 2012, un avis qui tentera d’évaluer l’ampleur du contrôle des jeunes femmes issues de l’immigration, un contrôle de leur sexualité (ex. : mariage arrangé, retrait de l’école, tenue vestimentaire), contrôle qui peut mener jusqu’aux crimes d’honneur. Le but n’est pas de stigmatiser les nouvelles venues, mais de faire les recommandations appropriées pour prévenir les abus, dus notamment aux chocs culturels.

Le manque d’information


Exemple d’un témoignage d’une femme musulmane, qui a fait du bénévolat dans les écoles de Montréal durant les études de son fils. Elle s’est adressée à son Centre local d’emploi. Elle ne se retrouve, après 6 ans, dans aucune des catégories ciblées pour recevoir un soutien particulier. Selon la préposée, elle a un « trou » dans son CV et son choix de rester à la maison semble difficile à justifier. De plus, elle est voilée et doit faire face aux préjugés. Pourtant, le bénévolat lui a permis de côtoyer des gens, de sortir de l’isolement. Ces expériences bénévoles ne semblaient pas être reconnues.

Malgré tous ces défis, au-delà des témoignages de ces femmes, mon message ce soir en est un d’espoir. En somme, il importe de poursuivre ensemble la réflexion sur quelques pistes de solution pour réussir le pari du Québec de bien intégrer ces citoyennes qui enrichissent notre société.

Quelques exemples porteurs d’avenir sous le signe de l’ouverture


L’immigration est en train de changer le visage du Québec et interpelle le mouvement des femmes.

Organiser des rencontres entre les femmes d’ici et d’ailleurs afin de favoriser la compréhension mutuelle des valeurs et des façons de vivre. En somme, créer un réseau de solidarité.

Des immigrantes rencontrées voudraient que les groupes de femmes tissent davantage de liens avec les hommes, les conjoints immigrants; qu’ils soient invités à leurs activités, compte tenu de la place qu’ils occupent au sein du couple

Organiser des séances de formation auprès des employeurs afin de les sensibiliser au potentiel des personnes issues de l’immigration et d’aplanir les préjugés à leur égard.

Finalement je suis heureuse d’annoncer aujourd’hui la mise en ligne sur le site Web du Conseil du statut de la femme d’une nouvelle publication électronique. Il s’agit d’une recension assez exhaustive des travaux effectués au gouvernement du Québec au sujet des femmes immigrantes. Une petite contribution à une meilleure connaissance de vos réalités.

Je vous souhaite de bons États généraux.

Bonne soirée!

Glossaire

  1. Source : Portrait statistique des familles au Québec : coup d’œil, MFA 2011, recensement de 2006.
  2. Source : Donnée 2009 du MICC. Connaissance du français et de l’anglais par les immigrées admises au Québec entre 2004 et 2008 inclusivement.