Aller directement au contenu
Logo du Conseil du statut de la femme

Place à l'égalité
entre les femmes et les hommes

Vignette du logo du Conseil.

Suivez le Conseil sur Twitter!

Vignette du logo du Conseil.

Suivez le Conseil sur Twitter!

Allocutions | dimanche 10 juin 2012

Allocution – Égalité hommes/femmes, religions et traditions, quelles relations?

Notes pour une allocution de Mme Julie Miville-Dechêne présidente du Conseil du statut de la femme

Égalité hommes/femmes, religions et traditions, quelles relations?


Table ronde la timide résistance des femmes / ressources communautaires

Espace féminin Arabe

Le dimanche 10 juin 2012

Depuis mon arrivée au Conseil du statut de la femme il y a 10 mois, je martèle que nous devons nous préoccuper davantage des femmes issues de l’immigration. J’en ai fait une priorité, nous avons 2 chercheurs spécialisés dans les questions d’immigration. L’un travaille, à la demande de la ministre St-Pierre sur la prévention de violences liées à l’honneur, l’autre sur le biculturalisme des jeunes femmes nées de familles immigrantes.

  • « L’affirmation et l’intégration des femmes arabes : une responsabilité partagée! »
  • On le sait, le succès de l’intégration passe notamment par une meilleure connaissance du Québec et de ses valeurs fondamentales, l’apprentissage du français et l’intégration au le marché du travail.
  • Le Québec a la responsabilité de bien informer les immigrantes sur ses orientations en matière d’immigration, dont les valeurs collectives, propres à la société québécoise et ses attentes.
  • Et vous, nouvelles citoyennes du Québec, vous aussi avez la responsabilité de bien comprendre les valeurs québécoises. C’est ce que la société d’accueil attend de vous.

AVANT

  • Le Québec prône les valeurs suivantes1 :
    • La neutralité de l’État. Séparation entre l’État et la religion. Vision de neutralité de l’État qui permette aux femmes de progresser vers leur égalité pleine et entière.
    • La primauté du fait français. Autre valeur fondamentale : une nécessité, c’est la langue officielle. Le Québec dispose de la Charte de la langue française.
    • L’égalité entre les femmes et hommes, dans la Charte des droits et libertés. L’égalité veut dire que les femmes et les hommes ont la même valeur et les mêmes droits. Le Québec dispose d’une politique gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes qui fait rayonner le Québec à l’international. Ses mesures incitatives sont citées en exemples dans plusieurs pays. Par exemple : équité salariale.
    • Même si le Québec est une société égalitaire en droit, mais pas encore dans les faits, nous avons aussi nos propres paradoxes, qui sont faciles pour vous à relever, et que parfois, nous avons tendance à oublier quand on fait la morale aux nouveaux arrivants.

Une illustration de ces paradoxes. Regardez cette couverture provocante du McLean’s de janvier dernier : une femme en burka, signe selon nous de soumission des femmes, et une jeune femme hypersexualisée, objet sexuel des hommes, aussi signe d’inégalité femmes/hommes.

  • Le magazine titrait avec justesse : Qui sommes-nous (nous Canadiens) pour juger?
  • Du point de vue de l’égalité entre les sexes, qu’est-ce qui est plus « acceptable »? Une femme voilée, sous l’emprise de son mari? Ou une image de femme nue, destinée sans doute à vendre quelque chose?

Le revers de la médaille maintenant, de notre point de vue : une collègue du ministère québécois de l’Immigration a récemment participé à la mission de sélection des immigrants au Maroc.

Un jeune couple arabe se présente : la femme voilée et son mari, adepte de culturisme, étaient fiers de montrer à ma collègue, femme québécoise, des photos de lui presque nu lors de ses compétitions de culturisme, alors que sa femme est voilée et protégée des regards des hommes.

Une piste de solution pour favoriser l’intégration : connaître l’histoire pour s’approprier des valeurs

Dans le cadre de ma tournée de consultation, j’ai rencontré une Magrébine portant le hijab qui s’était fait offrir un livre de Jeannette Bertrand pour mieux comprendre l’histoire de l’évolution des femmes au Québec. Madame Bertrand, auteure populiste et animatrice de télévision, a contribué à faire avancer la cause des femmes au Québec dans un large public.

  • Cette immigrante dit avoir trouvé dans les livres, à travers l’histoire des femmes du Québec, une source d’inspiration pour prendre part activement à la société d’accueil.
  • Selon elle, l’un des grands défis du féminisme québécois est de trouver une façon d’accueillir les femmes immigrantes.

AVANT

Pour nous les Québécois, issus de la société d’accueil, l’importance de connaître à qui on s’adresse.

Au Québec2  :

  • plus d’une femme sur dix est née à l’étranger;
  • 70 % de ces Néo-Québécoises ont fait de Montréal leur ville d’adoption;
  • elles proviennent des quatre coins du monde, principalement du Maroc, de l’Algérie, de la France, de Haïti, de la Chine et de la Colombie ;
  • 80 % des immigrantes sont issues des minorités visibles.

APRÈS

  • Sans reconnaissance de leur diplôme, il est plus difficile d’intégrer le marché du travail.
  • Selon une étude récente du MICC3 sur leur intégration au marché du travail, réalisée par Pierrette Beaudoin qui est maintenant au Conseil, les femmes immigrées participent le moins au marché du travail puisque leur taux d’activité est le plus bas de tous les groupes.
  • Elles ont plus de difficulté à se trouver un emploi que les hommes.

La méconnaissance de la langue française pour une majorité de femmes issues de l’immigration : 68 % sont allophones et 45 % ne connaissent pas le français4.

  • Lien démontré entre la connaissance du français et l’intégration au marché du travail :
    • globalement, les femmes immigrées des minorités visibles sont légèrement plus scolarisées que les autres femmes immigrées et que l’ensemble des femmes immigrées.
  • Plus de 60 % d’entre elles ont complété une formation collégiale et universitaire alors que c’est le cas de 35 % des femmes nées ici.

Emploi : le nerf de l’intégration

  • Une des clés du succès de leur intégration à la société québécoise : une meilleure intégration au marché du travail.
  • Aspect préoccupant : les femmes immigrées des minorités visibles ont des taux d’activité, d’emploi et de chômage supérieurs à ceux des autres femmes immigrées et de l’ensemble des femmes immigrées ainsi que des revenus d’emploi moyens plus bas.
  • Elles sont toutefois moins représentées dans des professions comme la gestion, les affaires, la finance et l’administration ainsi que les sciences sociales, l’enseignement, l’administration publique et la religion.
  • L’intégration au marché du travail varie selon le groupe d’appartenance à une minorité visible :
    • ainsi, les Arabes ont une intégration difficile au marché du travail : taux d’emploi inférieurs à 45 %, taux de chômage supérieurs à 17 % et, un revenu d’emploi moyen (30 685 $) égal à celui de l’ensemble des femmes immigrées des minorités visibles (30 597 $).

Pourquoi l’intégration à l’emploi est importante?

  • Sans reconnaissance de leurs valeurs et de leurs compétences, sans francisation, sans information et sans garderie : sans travail. Ajouté à tout cela : vivre avec les préjugés. C’est l’isolement et la dépendance économique.

Triple discrimination

Les femmes immigrées peuvent être victimes d’une triple discrimination :

  • parce qu’elles sont des femmes;
  • immigrées;
  • souvent issues des minorités visibles.

Les préjugés

  • Dans sa chronique de la Presse du 1er juin, titrée : « Mieux vaut s’appeler Bélanger », Rima Elkouri soulignait la discrimination à l’embauche vécue par les immigrants issus des minorités visibles. À diplôme égal, le taux de chômage des Québécois « visibles » (Noirs, Arabes, etc.) est 1,5 à 2 fois supérieur à ceux natifs au Québec. Selon une étude de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ),5 une fois sur trois, le candidat au nom étranger a été exclu pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son CV :

    • le taux net de discrimination est de 42 % pour le candidat africain;
    • 35 % le candidat arabe;
    • 28 % pour la personne latino-américaine.

  • Comment contrer ces préjugés tenaces? Accroître les opportunités de rencontres et de réseautage entre les femmes québécoises et les immigrantes.

NOTRE RESPONSABILITÉ

  • Plusieurs spécialistes en immigration6 s’accordent sur l’importance d’offrir des formations sur les valeurs de la société d’accueil aux immigrants à la fois avant l’immigration et après l’arrivée au Québec. Que ces formations soient offertes sur une base continue.
  • Bonifier les programmes d’accueil et d’intégration existants : réintroduire les sessions de formation dans le pays d’origine des immigrants retenus pour le certificat de sélection du Québec.
  • Accroître l’accessibilité des programmes de francisation et la coordination. (halte-garderie, etc.).
  • Des groupes aidant les femmes immigrantes suggéraient aussi des cours sur les droits des femmes et leurs recours en situation de violence conjugale (référence aux recherches de Katia Smeldslund sur la complexité de venir en aide aux femmes immigrantes parrainées victimes de violence conjugale).

Reconnaissance des acquis (diplômes et expériences)

Soutien à l’intégration en emploi

  • Dans la foulée des États généraux sur la situation des femmes immigrées et racisées, Programme Action diversité, annoncé le 16 avril dernier, qui finance 17 projets qui bénéficient d’une aide financière de 1 M$ sur 2 ans pour soutenir les Québécoises issues de l’immigration dans l’atteinte de leur autonomie et de leur pleine participation au marché du travail et à la société. Un pas dans la bonne direction

Insertion et formation professionnelles

  • Formation des intervenants qui les accompagnent et les accueillent.
  • Programmes de mentorat et de réseautage entre femmes arabes et les Québécoises.
  • Devrait-on s’assurer de la coordination des actions avec les multiples intervenants concernés par l’accueil et l’intégration des immigrantes, pour faciliter succès des démarches visant l’intégration des immigrantes?

Schéma de John Berry, professeur en psychologie des relations interculturelles de l’Université Queen’s en Ontario.

La responsabilité de l’immigrante : faire un choix parmi les 4 stratégies d’« acculturation ».

Selon l’auteur, l’acculturation veut dire : comment les personnes changent en côtoyant d’autres personnes issues de différentes cultures.

Société d’origine: culture et valeurs
+
Société d’accueil = culture et valeurs + Intégration Assimilation
Séparation Marginalisation

  • L’intégration : la meilleure stratégie.
  • Identification autant à la société d’origine qu’à la société d’accueil.

La responsabilité de la société québécoise qui a fait son choix.

Société d’origine: culture et valeurs
+
Société d’accueil = culture et valeurs + Interculturalisme « Melting pot »
Ségrégation Exclusion

  • La meilleure stratégie : l’interculturalisme.
  • Appropriation par les immigrants de nos valeurs dans leur respect des leurs.
  • Favorise une dynamique bidirectionnelle entre l’immigrante et la société d’accueil. Valorise l’immigrante dans le respect de sa culture et de la nôtre.

1 CSF, Avis Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, mai 2011.

2 MICC, Pierrette Beaudoin, Portrait statistique des femmes immigrées, 2010.

3 MICC, Pierrette Beaudoin, Portrait des femmes immigrées des minorités visibles recensées au Québec et de leur participation au marché du travail, mai 2010.

4 MICC, Donnée 2009, Connaissance du français et de l’anglais par les immigrées admises au Québec entre 2004 et 2008 inclusivement.

5 CDPDJ, Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées, résultats d’un « testing » mené dans le Grand Montréal : www.cdpdj.qc.ca, mai 2012.

6 Kimberly A. Noels, University of Alberta, Peter A. Leavitt, Los Angeles, Richard Clément, University of Ottawa, « To see ourselves as others see us », Journal of social issues, 2010.