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Place à l'égalité
entre les femmes et les hommes

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Allocutions | mercredi 13 février 2013

Allocution – 40e anniversaire du Conseil : panel des ex-présidentes

Notes pour une allocution de la présidente du Conseil du statut de la femme, Mme Julie Miville-Dechêne

40e anniversaire du Conseil : panel des ex-présidentes

Le 13 février 2013

La version prononcée fait foi.

Nous sommes dans une période de transition, ou les inégalités coexistent avec le progrès. Il ne faut passer sous silence ni l’un, ni l’autre.

Inégalités, car ce sont encore les femmes et de loin, qui prennent le plus gros du congé parental, qui assume la planification du quotidien, qui sont le plus souvent absentes du travail pour s’occuper des enfants. Ces inégalités de fait pénalisent les femmes en termes de salaire, d’ancienneté, de promotions, et bien sûr leurs revenus de retraite s’en ressentent.

La vidéo que vous venez de voir est une marque de progrès.

Les trois quarts des nouveaux pères québécois prennent un congé parental. Au Canada, c’est seulement le quart. Le Québec est la seule province à décréter que le congé de 5 semaines au père est non transférable. Une politique publique qui a fait ses preuves dans les pays scandinaves et qui contribue à changer les mentalités au Québec.

Une autre illustration de cette transition est ce qui se passe en politique. Non seulement le Québec a élu sa première femme première ministre, Pauline Marois, mais la moitié des provinces canadiennes, dont les quatre les plus peuplées, sont dirigées par des femmes. Face à une telle réalité, il est impossible de ne pas reconnaître cette avancée majeure, qui semble indiquer que la politique n’est plus le domaine du old boys club. L’analyste Chantal Hébert a une théorie intéressante pour expliquer la montée des femmes. Le cynisme en politique et la montée d’un nouveau pouvoir plus citoyen donneraient l’avantage aux femmes qui ne sont pas identifiées à la vieille garde usée. La politologue Manon Tremblay estime aussi que les partis politiques font moins de discrimination envers les femmes qu’avant. Bref, il faut diversifier nos outils d’analyse.

Parallèlement à ces ascensions individuelles remarquables, il demeure au Québec qu’il y a seulement 15 pour cent de mairesses et un tiers de femmes députées à l’Assemblée nationale… Dans ces deux domaines, on stagne. Une étude canadienne confirme qu’on propose encore souvent au Canada – moins au Québec – des circonscriptions où, pour différentes raisons, elles peuvent plus difficilement gagner.

Comment, face à ces chiffres contradictoires, mesurer l’avancée des femmes?

Au Conseil, les chiffres occupent une très grande place. A-t-on, ou non, atteint la parité dans tel ou tel domaine? Est-ce qu’une avancée ou un recul de un ou deux pour cent est significatif ou non? Je suis consciente qu’il est plus facile de démontrer ce qu’on peut quantifier. Mais quand on se préoccupe trop des statistiques, alors on risque de négliger ce qu’on voudrait changer sur le fond des choses, sur les mentalités, par exemple, en politique. Est-ce que les femmes gouvernent différemment? Ont-elles une influence sur la façon d’exercer le métier de politicienne? À Montréal, par exemple, la conseillère et jeune mère Elsie Lefebvre tente de faire modifier l’horaire, et les façons de faire au conseil municipal, pour accommoder les parents.

La plupart des questions qui confrontent les féministes aujourd’hui sont complexes et n’ont pas de réponse toute faite. Nous ne sommes pas à l’abri de contradictions et nous devons les reconnaître.

Si nos mères et nos grands-mères ont pu s’affranchir en allant travailler à l’extérieur du foyer, c’est parce que d’autres femmes, parfois immigrantes, souvent pauvres et moins éduquées, ont pris le relais. Toutes n’ont pas profité également des avancées féministes.

Au-delà du discours, quelle place fait-on parmi nous aux femmes issues de l’immigration?

Il est plus facile et très tendance de dénoncer le plafond de verre auquel les femmes diplômées et gagnant bien leur vie se heurtent dans les C. A. des grandes entreprises.

L’équité salariale dans la fonction publique a mobilisé la classe politique, et c’est une grande victoire.

Mais entre-temps, des milliers de femmes en arrachent : elles sont serveuses, vendeuses, coiffeuses, travailleuses domestiques, et occupent des emplois sous-payés, dévalorisés.

Parlant d’enjeux complexes qui montrent que le mouvement féministe est loin d’être monolithique : la prostitution, premier avis publié à mon arrivée en poste. Un cheminement de 10 ans pour le CSF vers la position abolitionniste. L’avis a été bien reçu grâce à deux facteurs. Notre recherche-terrain était ancrée dans la réalité – la chercheuse et moi avions rencontré nombre de femmes prostituées et exprostituées – nous n’étions pas seulement dans les principes, et nous n’avons pas prétendu parler au nom de toutes les femmes prostituées.

Comment mieux faire passer notre message? C’est une question qui m’interpelle depuis mon arrivée à ce poste, car le Conseil parle bien souvent à des femmes convaincues. J’essaie donc, dans les choix de sujets de recherche, dans la façon de communiquer, d’être inclusive, branchée sur la réalité qui évolue – afin de sensibiliser le plus large public possible. Le passage de la Gazette des femmes au Web fait partie de cet effort… et ça marche bien.

On ne peut plus aborder des enjeux comme la conciliation travail-famille sans considérer que les hommes font partie de la solution. Le fait que les jeunes hommes prennent un congé parental est un progrès majeur, mais s’ils s’en prévalent en même temps que leur conjointe, vont-ils s’investir à fond, ou plutôt observer à distance – sans mettre les deux mains dedans – ce qui évidemment aura un impact sur la future division des tâches.

Je crois aux idéaux d’égalité et de justice sociale portés par le projet féministe. En tant que présidente du Conseil, je crois aussi à l’importance de proposer des solutions réalistes et pragmatiques dans nos avis, d’aller voir ce qui marche bien sur le terrain et de s’en servir comme exemple. On l’a fait pour la prostitution, pour le Plan Nord, et dans l’avis à venir sur la place des femmes dans la construction.

Maintenant, la parole est à vous!