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Allocutions | mercredi 12 juin 2013

Allocution – Journée Infopresse Le portrait des femmes en 2013

Notes pour une allocution de la présidente du Conseil du statut de la femme, Mme Julie Miville-Dechêne

Journée Infopresse – Le portrait des femmes en 2013

Le 12 juin 2013

La version prononcée fait foi.

Bonjour,

Introduction

Pour ouvrir cette Journée Infopresse au sujet des Femmes et des communications, on m’a demandé de répondre à la question suivante : Qui sont les femmes en 2013? Plutôt complexe, vous en conviendrez avec moi!

Il est effectivement ardu de répondre à cette question parce que les femmes en 2013 prennent différents visages. Il n’y a pas une femme, mais il y a des femmes : multiples et diverses. Je tenterai tout de même de vous tracer un bref portrait général de leur situation actuelle au Québec et je vous glisserai un mot sur leur présence dans les communications.

Un portrait général

Je ne vous apprends pas une grande nouvelle si je vous dis que la situation des femmes a beaucoup évolué au cours des 40 dernières années au Québec. Les femmes ont fait des avancées spectaculaires dans plusieurs domaines, mais dans d’autres, elles stagnent.

Je suis une personne de nature optimiste, alors débutons par ce qui va bien!

Première chose, les femmes en 2013 sont éduquées. Elles sont de plus en plus nombreuses à fréquenter les institutions d’enseignement, à tous les niveaux. Pour ne parler que des études universitaires, elles représentent près de 58 % des effectifs des universités québécoises et elles affichent de bonnes performances scolaires. Aux études supérieures, les femmes forment plus de la moitié des diplômées de maîtrise.

À noter aussi que la présence des femmes sur le marché du travail s’accroît et qu’elles affichent un taux de chômage plus bas que celui des hommes (au Québec, 6 % contre 8 %).

L’implantation du réseau des services de garde et des congés parentaux a également permis aux jeunes mères de s’investir davantage sur le marché du travail. Près de 75 % des mères d’enfants d’âge préscolaire et 84 % des mères d’enfants de 6 ans et plus travaillent. Fait important à souligner, les pères sont de plus en plus nombreux à prendre les cinq semaines de congé parental non transférable à la mère (75 %). C’est important, parce que lorsque les hommes, très tôt dans la vie du poupon, restent à la maison, s’en occupent et assument des tâches domestiques, nous pensons que les mentalités évoluent plus rapidement et que le partage des tâches se fait de façon plus équitable.

Mais toutes les femmes n’ont pas profité de ces avancées féministes

Si l’on regarde l’envers de la médaille, on voit que bien des femmes en arrachent et particulièrement celles qui n’ont pas fait d’études supérieures! Les femmes se retrouvent encore majoritairement dans des ghettos d’emplois féminins et peu payants. Selon l’historienne Micheline Dumont (Pas d’histoire, les femmes!), l’occupation où l’on trouve encore aujourd’hui le plus grand nombre de femmes au Québec est celle de secrétaire (100 000). Si l’on ajoute les préposées, les coiffeuses, les vendeuses, les serveuses, on frise le million de personnes – des femmes, occupant des emplois peu valorisés, peu rémunérés, avec des conditions de travail difficiles et des horaires atypiques.

Bien des hommes quittent l’école tôt ou complètent un diplôme d’études professionnelles), mais les professions choisies par les hommes sont habituellement bien mieux rémunérées que celles vers lesquelles se dirigent les femmes. Si l’on compare deux professions dites « traditionnelles » et qui demandent un même niveau d’études, le salaire moyen d’un travailleur de la construction est de 30 $ l’heure, alors qu’une coiffeuse ou esthéticienne gagnera entre 12 et 14 $ de l’heure.

Si l’on fait une moyenne des salaires, tous niveaux d’études confondus, il existe des écarts importants entre le revenu total des femmes et celui des hommes. Le salaire des femmes travaillant à temps plein correspond à 77 % de celui des hommes. Les femmes représentent 60 % des travailleurs rémunérés au salaire minimum. Elles vivent donc encore souvent en situation de pauvreté et de précarité. Une situation qui se répercute sur leur revenu de retraite, il va sans dire.

Il y a aussi la réalité des femmes immigrantes à considérer. Au Québec, plus d’une femme sur dix est née à l’étranger; plus de la moitié des immigrées sont des femmes et la grande majorité de ces néo-Québécoises ont fait de Montréal leur ville d’adoption. Quels que soient leur d’âge et leur niveau de scolarité, les femmes immigrées sont moins actives, davantage au chômage et disposent de revenus d’emploi plus bas, comparativement aux femmes Québécoises et aux hommes immigrés (taux de chômage de 13,2 % en 2009 alors que celui de la population québécoise était de 8,5 %). Une meilleure intégration des femmes immigrantes au marché du travail est donc un enjeu de taille pour le Québec.

Un autre domaine où il reste du travail à faire : leur participation au pouvoir

Nous croyons que les changements qui mènent vers une société réellement égalitaire ne pourront s’opérer que si les femmes sont plus nombreuses dans structures décisionnelles, politiques et économiques. L’idéal serait d’y viser la parité ou du moins une zone de parité… mais ce n’est pas encore le cas.

En politique provinciale, les femmes représentent le tiers des députées à l’Assemblée nationale. Au palier municipal, les femmes occupent 16 % des postes à la mairie et 29 % des postes dans les conseils municipaux. Nous sommes encore loin de la parité et n’approchons même pas une mixité digne de ce nom. (La mixité égalitaire se situe entre 40 % et 60 %).

Toutefois, il y a des avancées remarquables et il faut le souligner. Non seulement le Québec a élu sa première femme première ministre, Pauline Marois, mais la moitié des provinces canadiennes, dont les quatre les plus peuplées, sont dirigées par des femmes. Devant une telle réalité, il est impossible de ne pas reconnaître cette avancée majeure, qui semble indiquer que la politique n’est plus le domaine du « old boy’s club ».

Dans le secteur économique, les femmes sont encore peu présentes dans les postes de haute direction et dans les conseils d’administration des sociétés des grandes entreprises privées cotées en bourse, tant au Québec qu’au Canada (14 % des membres des conseils d’administration). Une étude réalisée récemment par le Conference Board du Canada démontrait que, parmi les hommes interrogés, seulement 42 % considéraient que l’on devrait essayer d’augmenter le nombre de femmes occupant des postes de direction. Cette proportion était de 90 % chez les femmes. On sent clairement une résistance de la part de certains hommes. Cette même étude concluait que la progression de la présence des femmes au sein des C.A. se fait à un taux annuel moyen d’un peu plus de 7 %; il faudrait donc, si rien n’est fait, 72 ans pour y accroître pour y atteindre la parité.

La place des femmes dans les communications
L’image…

Vous êtes bien placés pour savoir que la représentation des femmes dans les médias a évolué depuis une quarantaine d’années. De plus en plus, les images qui représentent les femmes et les filles dans les médias au Québec sont variées et tendent à s’éloigner des clichés :

  • notamment dans les téléséries produites au Québec – ex : Unité 9;
  • le dernier numéro du magazine Elle Québec – page couverture avec une mannequin de taille plus;
  • la Charte québécoise pour une image saine et diversifiée – une initiative gouvernementale à laquelle plusieurs intervenants du milieu de la mode ont adhéré.

Pour vous rappeler une époque, pas si lointaine, laissez-moi vous présenter un très court extrait d’une capsule sur les publicités sexistes réalisée par la Gazette des femmes : Capsule.

Maintenant, si l’on fait un retour dans le temps de quelques années encore, dans les années 60 et 70, l’image des femmes était essentiellement celle de la « bonne ménagère ». Dans les médias comme dans la réalité, la femme était reléguée à la sphère domestique.

Bien que nous pussions croire que la publicité sexiste date d’une autre époque, encore aujourd’hui elle véhicule une image stéréotypée des femmes. Nous sommes constamment bombardés de messages dans lesquels l’image de la femme n’est qu’une illusion. Une beauté parfaite, truquée. Même si elle est inventée de toutes pièces, cette image de la femme est tout de même socialement convoitée… Mais inaccessible.

Les publicités sexistes existent encore. Certaines de ces publicités s’inspirent de la « porno chic » et réduisent la femme à sa dimension esthétique et au « paraître » dont la principale fonction est d’être entièrement tournée vers la séduction et le « désirplaisir-fantasme » de l’autre, qui est en l’occurrence l’homme.

Comme le disait Jeanne Maranda (qui a été présidente directrice de La MeuteMédiAction, un organisme pancanadien qui a pour mandat d’améliorer l’image des femmes dans les médias) dans la capsule sur les publicités sexistes dont je vous ai montré un extrait « On a sorti la femme de la cuisine pour mieux la cloîtrer dans la chambre à coucher ».

Les femmes exercent une influence grandissante dans la société. Elles ont un pouvoir économique en croissance. Il est certainement intéressant de définir des stratégies de communication et de marketing qui s’adressent spécifiquement à elles, comme consommatrices. Il faut cependant garder en tête que les femmes sont plus que des maniaques de magasinage, obsédées par leur apparence physique et des objets sexuels, en attente du prince charmant. Alors publicistes, un peu d’imagination!

Abordons maintenant les communications de façon plus générale pour parler des femmes qui y travaillent.

Si l’on prend l’ensemble des professions associées aux communications et aux relations publiques, les données du recensement démontrent qu’au Canada, elles sont occupées à 69 % par des femmes

Dans le milieu du journalisme, en 2012, 43 % des membres de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) étaient des femmes. Elles dominent le secteur du magazine et sont à quasi-parité avec les hommes à la télévision, y occupant 49 % des postes. Il faut cependant souligner que les femmes sont souvent pigistes – donc sujettes à des conditions de travail précaires.

Pour ma part, j’ai commencé dans les médias à une époque [à la fin des années 70] où la crédibilité s’incarnait dans l’homme grisonnant. Moi-même, j’ai été « victime » de ce machisme masculin. Je me rappelle qu’un patron m’avait dit : « Ne te montre pas à l’écran. » J’ai ensuite été témoin de l’avancée des femmes. Aujourd’hui, à la télévision publique, les femmes occupent des places importantes, surtout aux nouvelles.

À la radio et dans les quotidiens et surtout (particulièrement, spécialement) en ce qui concerne la prise de décision, les femmes sont encore minoritaires. Elles forment moins d’un tiers des cadres de la FPJQ. La situation est donc assez semblable à celle qui prévaut en politique ou dans le monde des affaires : c’est-à-dire que plus nous montons dans les sphères, plus les femmes se raréfient. Peu importe le secteur, les obstacles sont les mêmes :

  • les difficultés de conciliation travail-famille;
  • la socialisation différenciée des filles et des garçons qui limitent encore les choix de carrières des filles;
  • les mentalités qui sont longues à changer.

Conclusion

En résumé, les femmes ont fait des progrès substantiels au Québec. Elles ont accédé en grand nombre aux études supérieures ainsi qu’au marché du travail. Le Québec dispose d’un réseau de services de garde permettant aux mères de faire carrière, même si elles continuent de porter sur leurs épaules une large part des travaux domestiques. En politique, dans le milieu syndical, dans le monde des affaires ainsi que dans la fonction publique, elles ont une influence grandissante.

Cependant, plusieurs obstacles importants demeurent. Le sexisme et les stéréotypes font encore partie de la vie quotidienne.

Les médias sont le reflet de cette société… Il y a eu de nettes améliorations quant à la représentation des femmes dans les médias et au sujet de leur présence dans le monde des communications en général, mais il reste encore pas mal de chemin à parcourir et encore trop d’images sexistes.

Je souhaite que ma réflexion puisse teinter la vôtre au cours de cette journée.

Remerciements