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Allocutions | vendredi 7 mars 2014

Allocution – 30 ans de défis et de réalisations à l’AQOCI

Notes pour une allocution de la présidente du Conseil du statut de la femme, Mme Julie Miville-Dechêne

À l’occasion du colloque Coopérer pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde : 30 ans de défis et de réalisations


Le vendredi 7 mars 2014

La version prononcée fait foi.

Mesdames et messieurs, bonjour,

Je tiens à remercier l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) de m’avoir invitée à participer à cette conférence.

C’est un privilège pour moi de me nourrir de vos expériences et de vous présenter brièvement quelques jalons de la quête de l’égalité entre les femmes et les hommes au Québec des 30 dernières années. Les avancées que nous avons connues ici sont majeures et, bien qu’il nous reste des batailles à mener, je suis consciente que nous faisons partie des privilégiées, parmi les femmes du monde.

LES FEMMES ET L’ÉCONOMIE

L’autonomie économique des femmes est une condition essentielle à l’atteinte de l’égalité. Encore trop souvent les femmes vivent dans des contextes de précarité. Malheureusement, le Québec ne fait pas exception : on constate que les femmes sont proportionnellement plus nombreuses que les hommes à vivre dans une situation de pauvreté. En 2010, 15,4 % des femmes vivaient sous le seuil de faible revenu, sort que partageaient alors 13,3 % des hommes.

L’accès à l’éducation pour les femmes est essentiel à l’acquisition de leur autonomie économique. Au Québec, nous avons réalisé des pas de géants à ce chapitre depuis les trente dernières années. Les Québécoises ont rattrapé les hommes en matière d’éducation. En 2010-2011, elles représentaient 57,9 % des effectifs étudiants des universités. De plus, elles étaient plus nombreuses que les hommes à avoir obtenu un diplôme universitaire. Dans la population âgée entre 25 et 64 ans, en effet, 25,1 % des femmes étaient titulaires d’un grade universitaire, en 2010, ce qui était le cas de 22,8 % des hommes.

La scolarisation des femmes a entraîné une augmentation de leur présence sur le marché du travail. À titre d’exemple, le taux de chômage des femmes ayant obtenu un diplôme universitaire est aujourd’hui de 5 %. En revanche, les femmes sans diplôme d’études secondaires affichent un taux de chômage trois fois et demi plus élevé (17,5 %).

Comment favoriser la pleine participation des femmes à la vie économique? À mon avis, il faut agir sur deux plans :

  • la responsabilité collective – la société doit favoriser la pleine participation économique des femmes en mettant en place des mesures pour contribuer à réduire les facteurs d’inégalités.
  • la responsabilité individuelle – les femmes doivent passer à l’action pour assurer leur propre autonomie financière.

Au cours des 30 dernières années, le Québec a mis en place un certain nombre de lois et mesures qui permettent aux femmes de participer activement au marché du travail et de réduire les inégalités systémiques. Je vous en donnerai brièvement quelques exemples.

Les programmes d’accès à l’égalité (action positive)

Une des mesures gouvernementales qui a eu un impact significatif sur la participation des femmes au marché de l’emploi et à l’économie est l’implantation des programmes d’accès à l’égalité (PAE).

Dans les années 1980, les PAE ont été mis en place afin de doter le Québec de mesures proactives pour rétablir l’égalité en emploi entre les personnes, notamment par une meilleure représentativité des femmes au travail. Le principe est simple : lorsqu’un poste est disponible dans la fonction publique, à compétence égale, une personne figurant parmi les clientèles visées sera priorisée. L’application de ces programmes a eu des résultats significatifs sur la présence des femmes dans la fonction publique.

La loi sur l’équité salariale

En 1996, la loi sur l’équité salariale est entrée en vigueur. Cette loi vise à corriger les écarts salariaux résultant d’une discrimination fondée sur le sexe à l’égard des personnes qui occupent des postes dans les catégories d’emplois à prédominance féminine.

Grâce à cette loi, nous dépassons le stade du : À travail égal – salaire égal. Nous parlons plutôt de : À travail équivalent – salaire équivalent. La différence est importante! Cette loi oblige le personnel de direction des entreprises qui comptent dix personnes salariées ou plus, à faire un exercice d’équité salariale.

La loi sur l’équité salariale a eu des répercussions sur le pouvoir économique des femmes au Québec. À titre d’exemple, entre 2000 et 2010, l’écart entre le salaire horaire des femmes et celui des hommes a diminué de 4,5 %.

Les métiers non traditionnels

Mais qu’en est-il des emplois non traditionnels ? Selon les statistiques d’Emploi-Québec, sur 520 groupes professionnels, la moitié est considérée comme non traditionnelle, donc est composée de moins de 33 % de femmes.

80 % des femmes en formation professionnelle sont inscrites dans seulement quatre des 21 secteurs de formation (administration, commerce et informatique, alimentation et tourisme, santé et soins esthétiques).

Le plus grand défi, dans le cas des métiers non traditionnels comme ailleurs, est la lutte aux stéréotypes. Il faut agir en amont pour encourager les femmes qui ne vont pas à l’université à obtenir une formation professionnelle, les aider dans leur recherche d’emploi et, surtout, mettre en place des mesures pour s’assurer de leur maintien en emploi. À titre d’exemple, 60 % des femmes qui travaillent dans le milieu de la construction quittent le domaine après 5 ans, et, dans 50 % des cas, c’est le harcèlement et la discrimination qu’elles subissent qui expliquent leur départ. Il reste donc beaucoup de travail à faire pour favoriser la présence des femmes dans les secteurs non traditionnels.

Des mesures pour concilier la vie de famille et le travail

Malgré une participation accrue des femmes au marché du travail, la répartition des tâches parentales entre la mère et le père demeure très souvent inégale. Les femmes consacrent plus de temps aux travaux ménagers que leur conjoint, sans compter que c’est souvent à elles qu’incombe la responsabilité de s’occuper de parents âgés. Une proportion importante des femmes (30 %) songent à quitter leur emploi pour des 5 raisons liées à la conciliation du travail et de la vie familiale, alors que c’est le cas pour uniquement 13 % des hommes.

Un des éléments clés de la progression des femmes sur le marché du travail repose donc sur la mise en place de mesures facilitant la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale.

Le Québec a la chance de compter sur deux grands piliers en cette matière : les services de garde éducatifs à contribution réduite et le Régime québécois d’assurance parentale.

En 1997, le gouvernement du Québec a mis sur pied un réseau de services de garde subventionné. Au tarif de 7 $ par jour et par enfant, les familles peuvent bénéficier des services d’une garderie subventionnée. Les parents québécois profitent donc d’un système impliquant 4 fois moins de frais que celui des autres grandes villes occidentales.

Cette politique connaît un vif succès. De 2000 à 2006, le nombre d’enfants qui fréquentaient un service de garde a augmenté d’environ 44 %, grimpant de 143 000 à 205 000 enfants.

Une autre mesure importante en place au Québec est le Régime québécois d’assurance parentale, mis en place en 2006. Ce programme offre aux parents, mères ou pères, la possibilité de profiter d’un arrêt de travail dont la durée peut atteindre 1 an, lors de la naissance d’un enfant. Ce programme comporte aussi un congé parental de 5 semaines pour le père, non transférable à la mère, mesure présentant d’excellents résultats. En effet, en 2012, pas moins du trois quarts des pères québécois se sont prévalus de leur congé, alors que cette proportion n’atteint que le quart dans le reste du Canada. Voilà un pas de plus de franchi en ce qui a trait à l’implication des pères dans l’éducation des enfants.

L’économie sociale

L’économie sociale représente souvent la porte d’entrée, pour des milliers de femmes, dans le monde « économique ». Chez nous, comme ailleurs, les groupes féministes ont lutté contre la pauvreté des femmes et pour leur accès à la vie économique, et ce, depuis plusieurs années. À ce titre, en 1995 au Québec, s’est déroulé un événement marquant : la marche Du pain et des roses contre la pauvreté. Organisée par la Fédération des femmes du Québec, cette initiative a donné naissance à la Marche mondiale des femmes, en 2000.

La marche Du pain et des roses contre la pauvreté a amené le gouvernement du Québec à mettre sur pied un Comité d’orientation sur l’économie sociale et à convier tous les partenaires de la société civile à un sommet sur l’économie et l’emploi, à l’issue duquel a notamment été créé le Chantier de l’économie sociale.

De 2003 à 2008, le gouvernement du Québec a ainsi investi 8,4 milliards de dollars dans l’économie sociale, tous ministères, organismes et secteurs confondus. Une bonne partie, soit 6,1 milliards de dollars, a été investie dans le réseau des garderies.

Plusieurs entreprises sont nées de ce mouvement et ont contribué à créer bon nombre d’emplois majoritairement féminins. Outre les garderies, les activités de ces entreprises se concentrent dans les secteurs du logement social, des entreprises culturelles, des centres de travail adapté (pour les personnes handicapées), des services d’aide à domicile et du transport collectif. Le seul bémol en ce qui a trait aux emplois créés dans les entreprises d’économie sociale provient du fait que la plupart se retrouvent dans des secteurs traditionnellement féminins, donc peu payants, et n’offrent habituellement pas beaucoup d’avantages sociaux.

PAS DE POUVOIR ÉCONOMIQUE SANS POUVOIR DÉCISIONNEL

Nous l’avons vu, depuis 30 ans, plusieurs lois et mesures adoptées au Québec ont permis aux femmes d’accéder à l’éducation et ont favorisé leur participation au marché du travail tout en stimulant leur esprit d’entreprise. Malgré ces grandes avancées, les femmes sont encore peu présentes dans les endroits où cela compte vraiment… c’est-à-dire, là où les décisions se prennent!

Au Québec, en politique provinciale, les femmes représentent le tiers des députées à l’Assemblée nationale. Au palier municipal, les femmes occupent 16 % des postes de maires et 29 % des postes de conseillers municipaux. Ainsi, malgré le fait que la première femme première ministre ait été élue au Québec, nous sommes encore loin de la parité en politique.

Dans le secteur économique, les femmes sont encore peu présentes dans les postes de haute direction et dans les conseils d’administration des sociétés cotées en Bourse des grandes entreprises privées. Avec une proportion d’environ 20 %, le Québec se place au 3e rang des provinces canadiennes quant à la représentation des femmes sur les C.A. de ses entreprises (toutes catégories de sociétés confondues). Selon nous, la mise en œuvre de mesures incitatives pourrait certainement contribuer à renverser la tendance.

Pour l’instant, il n’existe qu’une seule mesure coercitive qui oblige certaines instances à se doter d’un conseil d’administration paritaire. Le gouvernement du Québec a, par le biais d’une loi adoptée en 2006, accordé 5 ans à 23 sociétés d’État afin qu’elles veillent à ce que leur conseil d’administration soit composé de 50 % de femmes. La proportion de femmes est passée globalement de 27 % à 52 % dans ces C.A., une augmentation de 90 %. Voilà un argument de poids à servir à celles et ceux qui avancent que peu des femmes sont intéressées et capables de siéger au sommet des entreprises.

Conclusion

Je vous ai exposé quelques exemples de mesures mises en place au cours de dernières décennies et qui ont permis aux femmes du Québec de participer davantage au développement économique, au marché de l’emploi et à la vie politique.

Plusieurs autres actions peuvent aussi avoir une incidence importante sur le pouvoir économique des femmes : les encourager à choisir une formation et un métier dans un secteur d’activité traditionnellement masculin – souvent plus payant – en est un exemple. N’oublions pas que près du quart des femmes n’ont pas poursuivi leurs études au-delà du niveau secondaire et, de ce fait, sont souvent cantonnées dans des postes de vendeuses ou de commis rémunérés au salaire minimum.

Puisque le développement économique d’un État doit tenir compte des différentes réalités que présente sa population, le Québec est confronté à un enjeu important : celui des femmes immigrées qui représentent 11,4 % de la population féminine québécoise, proportion qui ne cesse d’augmenter. Pour le Conseil, la clé du succès à l’intégration des immigrantes dans la société québécoise passerait tout d’abord par un meilleur accueil de ces femmes sur marché du travail. Et, en ce moment, cette intégration est souvent ardue. Elles ont un taux de chômage plus élevé, un taux d’emploi plus bas et un revenu d’emploi moyen inférieur à celui de l’ensemble des Québécoises.

Un dernier enjeu que je ne peux passer sous silence est celui de la violence envers les femmes. En 2012 seulement, les statistiques officielles du Québec indiquent que plus de 19 700 personnes ont été victimes de violence conjugale. Dans 80 % des cas, les victimes sont des femmes. Les 18 à 29 ans ont les taux de victimisation les plus élevés. Tout cela nous indique que, malgré des campagnes de sensibilisation efficaces et malgré le fait que la violence ne soit plus considérée comme une affaire privée et banale, la violence envers les femmes, et plus particulièrement les jeunes femmes, est un fléau qu’il faut continuer à dénoncer, ici comme ailleurs.

Demain, nous célébrerons la Journée internationale des femmes. Nous saluerons le progrès accompli, tout en nous retroussant les manches pour le travail qu’il reste à faire.

Remerciements