Aller directement au contenu
Logo du Conseil du statut de la femme

Place à l'égalité
entre les femmes et les hommes

Vignette du logo du Conseil.

Suivez le Conseil sur Twitter!

Vignette du logo du Conseil.

Suivez le Conseil sur Twitter!

Allocutions | mercredi 2 avril 2014

Allocution – Colloque La voix des femmes au Moyen-Orient

Notes pour une allocution de la présidente du Conseil du statut de la femme, Mme Julie Miville-Dechêne

Colloque La voix des femmes au Moyen-Orient

Organisé à Montréal par l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Le mercredi 2 avril 2014

La version prononcée fait foi.

Il est toujours périlleux de comparer les avancées et les reculs des droits des femmes dans différents pays, car il y a tout un contexte historique et politique propre à chaque nation dont on ne peut pas pleinement rendre compte.

Quelques points de convergence avec le Québec :

  1. L’importance des médias sociaux pour la montée de la nouvelle vague féministe.

    Au Québec, il y a eu une longue période où, après les grandes avancées des droits des femmes (1970-1980), les femmes n’osaient plus se dire féministes. On accolait une étiquette négative à ce mot. Cette frilosité était peut-être accrue par un mouvement masculiniste très présent, et même par un attentat – l’attentat de Polytechnique, où le tueur visait des femmes, qui selon lui volaient la place des hommes.

    Le Web a donné une voix aux jeunes féministes, un lieu où elles peuvent dénoncer, discuter, échanger.

    • Un exemple : jesuisféministe.com, un blogue où toutes les opinions se côtoient et où ont lieu des débats d’idées.
    • Un exemple de campagne sur le Web contre le sexisme : The Everyday Sexism Project, un blogue où les femmes dénoncent les cas de sexisme ordinaire qu’elles vivent au quotidien. Mise sur pied en 2012 aux États-Unis, cette initiative touche désormais de nombreux pays, dont le Canada, et plus de 40 000 témoignages s’y trouvent.
    • Un exemple de succès sur Twitter : Luc de la Sablonnière, candidat de la Coalition Avenir Québec, a écrit sur sa page Facebook de nombreux commentaires sexistes et antiféministes, comme celui-ci : « Les victoires du féminisme de combat des 50 dernières années ont été gagnées au prix de la dégradation de la condition masculine. » Il a dû s’excuser publiquement, après que la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, eut interpellé le chef de ce parti politique, lui disant : « Votre langage macho est gênant. Votre candidat aux propos antiféministes aussi. »
    • 8 mars : Est-ce que ces jeunes femmes actives sur le Web sortent et se mobilisent? J’étais à un rassemblement de jeunes féministes le 8 mars dernier dans une salle pleine à craquer; une militante a dit qu’on n’aurait pas vu cela il y a quelques années. Mais on ne remplit pas les rues…
  2. L’importance d’inscrire l’égalité femme-homme dans les lois : plus qu’un symbole, quelle que soit la société

    En 2008, afin de renforcer le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes, le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne le reconnaît expressément comme valeur fondamentale de la société québécoise. Ce principe est inscrit à deux autres endroits de la Charte, qui est la loi suprême au Québec, et qui donc sert à guider les juges quand un droit est bafoué.

  3. La place de l’enjeu de l’égalité femme-homme dans les différentes sociétés

    Ici, l’égalité de droit est atteinte dans les lois, des progrès remarquables ont été faits au cours des 50 dernières années (scolarisation des femmes), mais des inégalités, de salaires notamment, persistent. Il est difficile aujourd’hui de convaincre le grand public que c’est un enjeu (à la différence par exemple de la mobilisation qui s’est faite en Égypte). Le principe de l’égalité femme-homme est dans la bouche de tous les politiciens, mais dans les faits, ce n’est pas une priorité pour les grands partis :

    • Durant la campagne électorale en cours, l’appel à la classe politique mené à l’initiative de la Fédération des femmes du Québec, Agir pour un Québec sans inégalité, n’a pratiquement pas reçu de couverture médiatique. Un entrefilet çà et là. Signé par plus de 800 personnes et groupes, l’appel demande aux partis politiques de s’engager à mettre en place des programmes de sensibilisation et d’éducation pour contrer les différentes formes de discrimination et d’inégalités qui persistent dans la société québécoise.
  4. Une vision globale des inégalités

    Cette vision globale des inégalités est propre à la génération montante actuelle de féministes, qui ont une vision plus globale. Selon elles, il faut lutter à la fois contre l’exclusion sociale, la pauvreté, le racisme, le sexisme, etc. Bref, il s’agit d’une approche intersectionnelle, qui met en lumière l’ensemble des oppressions que peuvent vivre les femmes.

  5. Un éclatement des revendications

    En ce moment, il y a donc un certain éclatement des luttes féministes, comme au début de chaque vague.

    • Les jeunes ciblent de nouveaux axes de mobilisation au-delà du féminisme.
    • Les féministes libérales-réformistes continuent à lutter pour l’accès des femmes aux espaces de pouvoir politique et économique. C’est le discours dominant. Par exemple, les femmes veulent être plus nombreuses en politique (elles comptent pour 30 % des députés) et veulent la parité, sans changer fondamentalement la nature du pouvoir.
  6. Des inégalités entre les femmes

    Bref, il faut bien l’admettre, les gains des dernières décennies ici ont surtout profité aux Québécoises les plus privilégiées, en créant un écart de plus en plus grand entre elles et la majorité des femmes peu scolarisées. De plus, les immigrantes – notamment les Maghrébines les plus scolarisées – se heurtent à des barrières et à des discriminations inacceptables en matière d’emploi. Par exemple, chez les Tunisiennes, le taux de chômage est de 20 %, comparativement à 6 % pour l’ensemble des femmes du Québec. La réflexion actuelle du féminisme au Québec s’articule autour du défi de tenir compte des diverses inégalités qui existent, et qui font toujours obstacle à l’égalité entre les sexes.

  7. La mobilisation de la société civile au Québec

    Au printemps 2012 (notre printemps), les étudiants se sont mobilisés massivement afin de contrer une augmentation des droits de scolarité. Même si les femmes ont largement participé au mouvement, elles avaient énormément de difficulté à se faire entendre et à être considérées comme des interlocutrices légitimes. Des initiatives de dénonciation d’agressions sexuelles ont aussi vu le jour, dans la foulée d’agressions ayant eu lieu durant ou autour du mouvement étudiant de 2012. Sur Facebook, des groupes de victimes ont dénoncé publiquement leurs agresseurs, et des processus de justice transformatrice, auxquels sont conviés victimes, agresseurs et entourage, voient le jour.

  8. Une violence persistante qui ne diminue pas au Québec, malgré les progrès des femmes vers l’égalité

    Une différence avec le Moyen-Orient : contrairement au cas de l’Égypte, où une culture du silence entoure la violence faite aux femmes, ici, on dénonce, et les groupes de femmes sont très actifs. La violence est moins un tabou (campagne télévisée), mais continue quand même. Il n’y a pas de viols collectifs sur des places publiques, mais la violence conjugale et les agressions – la culture du viol – persistent : en 2012, plus de 5000 infractions sexuelles et plus de 19 300 cas de violence conjugale ont été rapportés aux services policiers du Québec. C’est 55 cas par jour, en moyenne. Et ce ne sont que les cas rapportés…

[Remerciements.]